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Expertise comptable · Réponse

Peut-on utiliser ChatGPT ou une autre IA dans un cabinet d'expertise comptable ?

Oui, sous conditions. La limite est celle du secret professionnel. Elle tient dans un tableau.

Par , co-fondateur d'IzaIA · Mis à jour le 12 octobre 2026

En bref

La réponse courte

Oui. L'Ordre des experts-comptables pose lui-même la question dans son guide Parlons data et IA, et il y répond par l'affirmative, sous conditions.

La condition porte sur ce que vous saisissez dans l'outil. Ce qui est déjà public circule librement. Ce qui vient d'un client n'y entre que si deux choses sont réunies : la pièce est anonymisée, et l'outil est couvert par un contrat qui exclut la réutilisation de vos données. Un compte grand public n'apporte pas ce contrat : son éditeur peut réutiliser ce qui est saisi, et aucun accord de sous-traitance ne le lie au cabinet.

La suite détaille la règle, les textes qui la fondent et trois cas tranchés.

Une autre question porte sur ChatGPT, dans l'autre sens : faire en sorte qu'il cite votre cabinet quand un dirigeant cherche un expert-comptable. Nous y répondons sur la page être recommandé par ChatGPT.

La règle

Ce qu'on peut saisir dans une IA, en trois catégories

Nous classons chaque document du cabinet dans l'une de ces trois catégories. C'est la grille que nous utilisons en formation, et vous pouvez la reprendre telle quelle.

CatégorieRègleAu cabinet
VertUsage libreDoctrine fiscale publiée, textes de loi, barèmes officiels, questions générales de méthode, documentation d'un éditeur
OrangeValidation avant usageProcédures internes, modèles de lettre de mission, trames de courrier, argumentaires et supports du cabinet
RougeAnonymisation obligatoireBilans, liasses fiscales, déclarations sociales, bulletins de paie, relevés bancaires, courriers et emails clients, toute pièce identifiante

La frontière est plus simple qu'elle n'en a l'air. Ce qui vient d'un client ne sort pas du cabinet, anonymisé ou non, tant qu'aucun cadre contractuel ne l'autorise. Quand ce cadre existe, la pièce est anonymisée avant d'être saisie.

Usages

À quoi un expert-comptable peut utiliser ChatGPT

Sans aucune donnée de client, l'outil couvre déjà une partie du travail du cabinet. Nous retenons cinq usages qui restent en vert ou en orange dans le tableau ci-dessus.

Chaque usage est suivi d'une demande type. Elle donne à l'outil ce qu'il ne peut pas deviner : les pièces, le livrable attendu, ce que vous vérifierez à l'arrivée. Nous expliquons cette façon de cadrer une demande à une IA sur une page à part.

1. Retrouver et résumer une règle publiée. Vert. Demande type : « Voici le passage du BOFiP sur [le sujet], copié depuis bofip.impots.gouv.fr. Résume-le en dix lignes pour un collaborateur, avec la référence de chaque règle. Signale ce que le passage fourni ne dit pas. » Ouvrez ensuite chaque référence : l'outil se trompe parfois de paragraphe sans le signaler.
2. Préparer une note d'information pour tous les clients. Vert, tant que la note ne vise aucun client. Demande type : « À partir de ce communiqué officiel, joint, rédige une note d'une page pour des dirigeants de TPE qui ne sont pas comptables. Ton neutre, sans promesse d'économie. Liste à la fin les dates et les montants que je dois vérifier dans le texte. »
3. Reformuler un modèle du cabinet. Orange : la lettre type de relance des pièces, le courrier qui accompagne le bilan, sans nom de client. Demande type : « Voici notre lettre type de relance des pièces manquantes. Réécris-la en cinq phrases au plus, sans changer les délais ni les engagements du cabinet. Indique chaque phrase que tu as retirée. » Un associé valide la nouvelle version avant usage.
4. Mettre en forme une procédure interne. Orange : l'accueil d'un nouveau collaborateur, l'ordre des tâches d'une clôture, la conduite à tenir après une saisie par erreur. Demande type : « Voici nos notes sur l'accueil d'un nouveau collaborateur. Mets-les en procédure numérotée, avec la personne responsable de chaque étape. N'ajoute aucune étape absente des notes : liste à part celles que tu suggères. »
5. Écrire une formule de tableur. Vert : la demande décrit la structure du fichier, pas son contenu. Demande type : « Dans un tableur, la colonne A contient des dates d'échéance et la colonne B des montants. Écris la formule qui totalise les montants échus à la date du jour, explique-la, et donne trois lignes d'exemple pour la tester. » Testez la formule sur un fichier fictif avant de l'utiliser sur un dossier.

Ces cinq usages ne demandent aucun branchement ni aucune pièce de client. Les usages mission par mission, de la tenue au conseil, avec ce qui reste au cabinet dans chacun, sont dans notre panorama de l'IA en cabinet d'expertise comptable.

Le droit

Ce que disent les textes sur le secret professionnel

Le secret professionnel de l'expert-comptable est posé par l'article 21 de l'ordonnance du 19 septembre 1945. Il renvoie aux peines de l'article 226-13 du code pénal : un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende pour la révélation d'une information à caractère secret.

Aucun de ces deux textes ne parle d'intelligence artificielle. Le premier impose le secret, le second en sanctionne la révélation. Face à un outil d'IA, la question devient donc pratique : ce que vous y saisissez est confié à un tiers, et il faut savoir si ce tiers peut le relire ou le réutiliser.

L'Ordre a pris position dans son guide Parlons data et IA. Une page de ce guide demande si l'on peut utiliser les IA génératives en cabinet. La réponse du Conseil national est oui. La consigne tient en une phrase : ne pas charger de courriels clients, de fichier des écritures comptables ni de déclaration sociale « non anonymisés dans des sites non maîtrisés ». Nous en retenons la lecture la plus prudente : une pièce anonymisée, et un site maîtrisé.

Le guide ajoute deux précautions : se former, et vérifier chaque réponse, parce que l'outil peut se tromper ou inventer.

L'Ordre ne définit pas ce qu'est un site maîtrisé. Nous l'interprétons à partir du RGPD. Quand un outil traite des données personnelles pour le compte du cabinet, l'article 28 exige un contrat de sous-traitance, passé avec un prestataire qui présente des garanties suffisantes. La CNIL recommande de son côté d'encadrer l'usage par une charte interne et de s'opposer à ce que le fournisseur réutilise les données saisies.

L'outil

Ce que change un abonnement professionnel, et ce qu'il ne change pas

La différence entre un compte grand public et un abonnement professionnel est contractuelle. Les réponses de l'outil sont les mêmes.

Ce qu'un abonnement professionnel peut apporter, à vérifier dans le contrat de l'offre que vous souscrivez :

  • un accord de sous-traitance, au sens de l'article 28 du RGPD ;
  • l'exclusion de vos données de l'entraînement des modèles ;
  • une durée de conservation connue, et réglable.

Ce qu'il ne change pas :

  • le secret professionnel : un contrat encadre le prestataire, il ne vous libère pas du secret ;
  • l'anonymisation des pièces clients, qui reste la règle ;
  • le lieu d'hébergement des données, qui est une clause distincte de l'exclusion d'entraînement et se vérifie à part ;
  • la vérification de chaque réponse par un professionnel.

Ces clauses varient d'un éditeur à l'autre, et d'une offre à l'autre chez le même éditeur. Nous ne donnons donc ici aucun nom, seulement la liste de ce qu'il faut lire avant de signer.

Les alternatives

Les alternatives à ChatGPT pour un cabinet comptable

Nous classons les alternatives selon le cadre contractuel dans lequel elles travaillent. C'est ce cadre qui décide de ce qu'un collaborateur peut y saisir.

L'outil de la profession, aujourd'hui fermé. L'Ordre a ouvert en juillet 2024 ExpertCHAT, un assistant réservé aux experts-comptables, accessible avec leur identifiant Comptexpert après acceptation de ses conditions d'utilisation. Il répondait sur l'exercice de la profession et les missions, à partir des seules ressources du site privé de l'Ordre, et reposait selon l'Ordre sur la technologie de ChatGPT. C'était une alternative contractuelle : un cadre fixé par l'Ordre, réservé à ses membres. Sa page d'aide indique, dans une mise à jour du 12 février 2026, que l'outil n'est plus accessible. Au 12 octobre 2026, nous n'avons trouvé aucun outil de remplacement annoncé par l'Ordre.
L'IA intégrée au logiciel de production. Les éditeurs ajoutent des fonctions d'IA à la tenue et à la révision. Elles travaillent dans vos dossiers, sous le contrat que le cabinet a déjà signé avec l'éditeur. Vérifiez que ce contrat couvre bien la fonction d'IA, et ce qu'il dit de l'entraînement des modèles. Nous faisons le point, éditeur par éditeur et avec la date de lecture, sur l'IA de votre logiciel de production.
Un assistant sous contrat professionnel. Un assistant conversationnel souscrit dans une offre professionnelle, avec un accord de sous-traitance au sens de l'article 28 du RGPD et vos données exclues de l'entraînement des modèles. C'est l'alternative la plus proche de ChatGPT par l'usage. Les clauses à lire sont listées dans ce que change un abonnement professionnel, et elles se lisent offre par offre.

L'Ordre a publié en 2024 une notice, Comment utiliser ChatGPT ?, qui compare plusieurs assistants. Il prévient lui-même que ce tableau sera vite obsolète et conseille de chercher des équivalents à jour. Nous ne publions pas de comparatif d'assistants pour la même raison.

En pratique

Trois cas de cabinet, tranchés

Un client demande si ses frais de repas sont déductibles. Vert. La question est générale, et la réponse se trouve dans la doctrine fiscale publiée. Vous pouvez la poser à l'outil, sans nommer le client. Ouvrez ensuite la source qu'il cite : il se trompe parfois de référence sans le signaler.
Vous voulez reformuler votre modèle de lettre de mission. Orange. Le modèle ne contient aucune donnée de client, mais il appartient au cabinet. Un associé valide avant usage. La trame passe par l'outil que le cabinet a retenu, jamais par le compte personnel d'un collaborateur.
Un collaborateur veut faire commenter la liasse d'un client. Rouge. La liasse identifie le client et relève du secret professionnel. Elle n'entre pas dans un compte grand public. Dans un outil sous contrat, elle n'entre qu'anonymisée : sans dénomination, sans SIREN, sans adresse, sans nom de dirigeant. Le commentaire obtenu reste un projet, que le professionnel relit et signe.
Périmètre

Ce que cette page ne tranche pas

Deux questions dépendent de votre cabinet. Nous ne prétendons pas y répondre à votre place.

  • L'information de vos clients. Nous n'avons trouvé aucun texte qui impose d'informer un client de l'usage d'un outil d'IA sur son dossier. Votre lettre de mission et votre politique de confidentialité peuvent en décider autrement, et c'est à vous de les relire.
  • La position de votre assureur. Nous ne savons pas ce que prévoit votre contrat de responsabilité civile professionnelle sur l'usage de ces outils. Posez la question à votre assureur.
Questions

Les questions qui reviennent sur ChatGPT au cabinet

La version payante de ChatGPT règle-t-elle le problème ?

Pas à elle seule. Un abonnement payant ne garantit rien : tout dépend de son contrat.

Trois clauses comptent : un accord de sous-traitance, l'exclusion de vos données de l'entraînement, une durée de conservation connue. Elles figurent dans certaines offres professionnelles et pas dans d'autres. Lisez le contrat de l'offre que vous souscrivez, et non la page commerciale de l'éditeur.

Un collaborateur peut-il utiliser son compte personnel pour le cabinet ?

Pour une question générale sur un texte public, rien ne s'y oppose. Pour tout le reste, non.

Un compte personnel n'est couvert par aucun contrat entre l'éditeur et le cabinet. Le cabinet ne sait ni ce qui y a été saisi, ni ce qu'il en reste. C'est la première règle à écrire dans une charte interne.

L'anonymisation suffit-elle pour saisir une pièce client dans une IA ?

Non. Nous lisons la consigne de l'Ordre comme deux conditions : des données anonymisées, et un site maîtrisé.

L'anonymisation a aussi une limite pratique. Retirer le nom ne suffit pas quand le secteur, la commune et le chiffre d'affaires désignent une seule entreprise. Une pièce est anonymisée quand un lecteur extérieur ne peut pas retrouver le client.

Que faire si une pièce client a déjà été saisie dans un outil grand public ?

Notez d'abord ce qui a été saisi. Supprimez ensuite la conversation, et regardez dans les réglages du compte ce que l'éditeur conserve et réutilise.

Prévenez l'associé responsable et, s'il existe, le délégué à la protection des données du cabinet. C'est à eux de dire si l'incident doit être déclaré. Écrivez enfin la règle : ce type d'incident arrive surtout quand elle n'existe pas.

Faut-il écrire une charte IA dans le cabinet ?

Oui. C'est ce que recommande la CNIL, et l'Ordre en publie un exemple dans sa notice Comment utiliser ChatGPT ? (2024, page 9). Nous vous conseillons de partir de cet exemple, qui pose les principes.

Il reste à y ajouter ce qui est propre à votre cabinet : la liste de vos documents, classés dans les trois catégories, et le nom de la personne qui tranche les cas douteux. Nous détaillons les neuf rubriques de la charte IA d'un cabinet d'expertise comptable.

Existe-t-il une IA de l'Ordre des experts-comptables ?

Il en a existé une. L'Ordre a ouvert ExpertCHAT en juillet 2024, réservé aux experts-comptables et limité aux ressources de son site privé. Sa page d'aide indique, dans une mise à jour du 12 février 2026, que l'outil n'est plus accessible.

Au 12 octobre 2026, nous n'avons trouvé aucun outil de remplacement annoncé par l'Ordre. Le guide Parlons data et IA et sa consigne sur ce qu'on peut saisir restent la référence de la profession.

Références

Sources

Mis à jour le 12 octobre 2026. Cette page décrit une règle de prudence et ne remplace pas un avis juridique sur votre situation.

Cette grille est le point de départ de notre formation IA pour les cabinets d'expertise comptable : deux jours dans vos locaux, où chaque participant classe les documents de son propre poste et où le cabinet repart avec sa charte.