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Avocats · Réponse

Un avocat peut-il utiliser ChatGPT sans violer le secret professionnel ?

Oui, à condition qu'aucune information couverte par le secret n'y entre : ni nom de client, ni pièce du dossier, ni élément de stratégie. C'est la règle de principe du guide du Conseil national des barreaux sur la déontologie et l'IA, dont la première édition est datée d'avril 2026.

Par , co-fondateur d'IzaIA · Mis à jour le

En bref

La réponse courte

Aucun texte n'interdit à un avocat d'utiliser ChatGPT ou une autre IA générative. Le secret professionnel fixe la limite : il couvre toutes les pièces du dossier, quel qu'en soit le support. Ce qui est saisi dans un outil est confié à un tiers.

Le Conseil national des barreaux en tire une règle simple dans son guide pratique d'avril 2026 : ne jamais transmettre à une IA générative d'informations couvertes par le secret. Pour travailler malgré tout sur un dossier, il recommande de pseudonymiser ou d'anonymiser les données, en restant attentif à l'identification indirecte.

Une question sur un texte publié, une recherche de méthode ou la reformulation d'un modèle vierge peuvent donc passer par un assistant d'IA. Le nom d'un client, une pièce, une note d'entretien ou la stratégie d'un dossier n'y entrent pas.

Le droit

Ce que disent l'article 66-5 de la loi de 1971 et le RIN

Aucun de ces textes ne parle d'intelligence artificielle. Ils disent ce que le secret couvre, et cela suffit à tracer la limite.

L'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 couvre toutes les pièces du dossier. En toutes matières, dans le domaine du conseil comme dans celui de la défense, le secret couvre les consultations adressées au client, les correspondances avec lui, les correspondances entre avocats sauf celles portant la mention « officielle », les notes d'entretien et, « plus généralement, toutes les pièces du dossier ». Version en vigueur depuis le 30 mars 2011.
Le règlement intérieur national, article 2, étend le secret à tous les supports. Selon l'article 2.1, le secret de l'avocat est d'ordre public, « général, absolu et illimité dans le temps ». L'article 2.2 précise qu'il s'applique quels qu'en soient les supports, « matériels ou immatériels », et qu'il couvre aussi le nom des clients et l'agenda de l'avocat. Une pièce collée dans une fenêtre de conversation reste couverte.
L'avocat répond des personnes qui travaillent avec lui. L'article 2.3 du RIN demande à l'avocat de faire respecter le secret par le personnel de son cabinet et par toute personne qui coopère avec lui dans son activité professionnelle. Il répond des violations commises par ces personnes. Un collaborateur qui saisit un dossier dans un compte personnel engage le cabinet.
La révélation est un délit. L'article 226-13 du code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende la révélation d'une information à caractère secret par la personne qui en est dépositaire par profession. Le guide du CNB rappelle que transmettre ces informations à une IA générative expose l'avocat à des sanctions disciplinaires ou juridiques.
La profession

Ce que recommande le guide du CNB sur la déontologie et l'IA

Le Conseil national des barreaux a annoncé le 17 mars 2026 l'adoption d'un guide sur la déontologie et l'intelligence artificielle. Le document, intitulé « La déontologie et l'intelligence artificielle », est un guide pratique de la commission des règles et usages, en première édition datée d'avril 2026. Nous en résumons les chapitres un par un.

  • Le secret. L'avocat veille à ne jamais communiquer à une IA générative des données relatives à ses dossiers ou à ses clients. Le guide liste ce qu'on ne renseigne pas dans une requête : le nom du client, toute information confidentielle qu'il a confiée, les éléments de stratégie, tout fichier contenant tout ou partie d'un dossier qui comporte le nom du client, une information confidentielle ou un élément de stratégie.
  • La pseudonymisation. Elle est présentée comme la solution pour demander une synthèse ou une relecture dans le respect du secret. Le guide signale ses limites : le risque d'identification par croisement de données, et les tâches où elle est impossible, comme le compte rendu en direct d'un rendez-vous client.
  • Les outils gratuits. À utiliser avec la plus grande prudence, parce qu'ils ne garantissent pas la protection du secret ni celle des données personnelles.
  • La compétence. Avant d'utiliser une IA pour produire des conclusions, l'avocat se forme au fonctionnement des modèles de langage et à la détection des erreurs et des biais.
  • La diligence. Chaque contenu généré est relu, contrôlé et validé avant d'être utilisé ou transmis.
  • L'information. Le guide ne rend pas l'information du client systématique, mais la recommande quand le client interroge l'avocat sur ses pratiques. Il propose une clause type pour la convention d'honoraires et recommande une charte d'usage de l'IA au sein du cabinet.

Le guide traite aussi des données personnelles : le RGPD s'applique à tous les cabinets, quelle que soit leur taille. La CNIL a publié de son côté ses questions-réponses sur l'IA générative.

La règle

Ce qu'un avocat peut saisir dans une IA, en trois catégories

C'est la grille que nous utilisons en formation. Elle reprend, en la précisant, celle de notre formation IA pour les cabinets d'avocats.

CatégorieRègleAu cabinet
VertUsage libreTextes de loi, jurisprudence publiée, doctrine accessible, questions générales de méthode, modèles génériques du commerce
OrangeValidation avant usage, dans l'outil retenu par le cabinetTrames et modèles du cabinet, notes internes de méthode, argumentaires types sans aucun fait de dossier, supports de formation
RougeJamaisNom des clients, consultations, correspondance client et confraternelle, notes d'entretien, conclusions, pièces adverses, éléments de stratégie, toute pièce d'un dossier réel

Notre grille est plus stricte que le guide du CNB sur un point. Le guide fait de la pseudonymisation la solution pour travailler sur un dossier ; nous ne faisons entrer aucune pièce d'un dossier réel, même pseudonymisée, dans un outil d'IA générative. Les faits d'une affaire suffisent souvent à l'identifier, et le guide lui-même met en garde contre le croisement des données.

Les conclusions adverses posent une question de plus. Le guide rappelle que l'avocat ne détient pas les droits sur les écrits qu'il n'a pas rédigés, et qu'il doit vérifier que les conditions de l'outil ne permettent pas à son fournisseur de les réutiliser.

Les outils

Les alternatives sous contrat, et ce qu'elles ne changent pas

La différence entre deux outils tient d'abord au contrat. Nous ne recommandons aucun produit ici.

Type d'outilCe qu'il peut apporterCe qu'il ne règle pas
Compte gratuit ou personnel d'un assistant généralisteLa recherche de méthode, la reformulation d'un texte sans donnée de dossierAucun contrat ne lie l'éditeur au cabinet. Le CNB recommande la plus grande prudence.
Abonnement professionnel d'un assistant généralisteSelon le contrat : un accord de sous-traitance au sens de l'article 28 du RGPD, l'exclusion de vos données de l'entraînement, une durée de conservation connueLe secret : un contrat encadre le prestataire, il ne vous en libère pas. Le guide du CNB relève qu'un engagement de non-réutilisation n'est en général ni prouvable ni vérifiable.
Outil d'IA juridique d'un éditeur ou d'une legaltechDes bases documentaires plus fiables, des sources citées, un contrat conçu pour la profession. Le CNB préconise d'y recourir et publie une grille d'auto-évaluation, en première édition de juin 2025.L'hébergement, la nationalité de l'hébergeur et la sécurité varient d'un éditeur à l'autre. Ils se vérifient un par un.
Modèle installé sur les systèmes du cabinetSelon le guide du CNB, avec la pseudonymisation, l'une des seules manières d'éliminer le risque lié à l'hébergement par un tiersLa vérification de chaque réponse, et la sécurité du système d'information du cabinet

Avant de signer, le guide du CNB invite à regarder, dans cet ordre : le lieu d'hébergement des données du cabinet, la nationalité de l'entreprise qui détient les serveurs, puis les mêmes questions pour le modèle de langage utilisé. Viennent ensuite le chiffrement, l'accès des salariés du fournisseur aux données, la journalisation et la suppression des requêtes.

La diligence

Vérifier chaque référence avant de la citer

Un assistant d'IA peut produire un numéro de pourvoi ou une date d'arrêt qui n'existe pas, avec le même aplomb qu'une référence exacte. Le guide du CNB en tire une exigence : l'avocat relit, contrôle et valide chaque contenu généré avant de l'utiliser ou de le transmettre.

Il cite quatre décisions françaises rendues entre décembre 2025 et février 2026, d'un tribunal judiciaire, de deux tribunaux administratifs et d'une cour administrative d'appel. Dans trois d'entre elles, le juge relève des références de jurisprudence introuvables et invite le conseil à vérifier ses sources. Dans la quatrième, une requête est rejetée faute de précisions suffisantes, le juge relevant qu'elle a manifestement été rédigée à l'aide d'une IA générative.

Notre règle tient en une phrase : une référence se cite après avoir été ouverte dans une base officielle, jamais sur la foi de l'outil. Pour une synthèse de décision, le guide recommande de comparer le texte produit avec la décision officielle.

En pratique

Trois cas de cabinet, tranchés

Un collaborateur veut faire résumer un arrêt publié de la Cour de cassation. Vert. La décision est publique. Il peut la soumettre à l'outil, sans dire pour quel dossier il la lit. Il compare ensuite le résumé avec la décision officielle avant de s'en servir.
Un associé veut améliorer la trame de lettre de mission du cabinet. Orange. La trame ne contient aucune donnée de client, mais elle appartient au cabinet. Elle passe par l'outil que le cabinet a retenu, jamais par le compte personnel d'un collaborateur, et le texte obtenu est relu avant usage.
Un avocat veut faire analyser les conclusions adverses qu'il vient de recevoir. Rouge. C'est une pièce du dossier, qui identifie les parties et l'affaire. Elle n'entre pas dans un assistant d'IA générative. Le guide du CNB ajoute que ces écrits ne sont pas ceux de l'avocat, ce qui pose une question de droits en plus de celle du secret.
Les ressources

Ce que propose déjà la profession

Le CNB et Lefebvre Dalloz ont lancé le 16 avril 2025 un plan national de formation à l'intelligence artificielle, sur la plateforme Skilia Avocats. Il est gratuit, disponible jusqu'au 31 décembre 2027, et permet de valider jusqu'à quatre heures de formation continue. Nous le recommandons comme première étape : il pose le cadre.

Ce module ne travaille pas sur vos propres trames ni sur votre façon de rédiger. C'est un objectif différent, et c'est celui de notre formation de deux jours au cabinet.

Périmètre

Ce que cette page ne tranche pas

Trois questions dépendent de votre cabinet. Nous ne prétendons pas y répondre à votre place.

  • La valeur d'un contrat donné. Les clauses d'hébergement, de conservation et de réutilisation changent d'une offre à l'autre, et d'une version à l'autre chez le même éditeur. Elles se lisent dans le contrat, pas sur la page commerciale.
  • Le cas d'un dossier particulier. L'appréciation d'un manquement au secret relève de votre ordre. Cette page n'est pas une consultation.
  • La position de votre assureur. Nous ne savons pas ce que votre contrat de responsabilité civile professionnelle prévoit sur ces outils. Posez-lui la question.
Questions

Les questions qui reviennent sur ChatGPT au cabinet d'avocats

Un avocat peut-il utiliser la version gratuite de ChatGPT ?

Pour une question générale sur un texte publié ou sur une méthode, oui. Pour tout ce qui touche à un dossier, non.

Le guide du Conseil national des barreaux d'avril 2026 recommande d'utiliser avec la plus grande prudence les IA génératives gratuites, qui ne garantissent pas la protection du secret professionnel. Un compte gratuit ou personnel n'est couvert par aucun contrat entre l'éditeur et le cabinet.

Un abonnement professionnel à ChatGPT protège-t-il le secret professionnel ?

Il peut encadrer l'éditeur, il ne vous libère pas du secret. Un contrat professionnel peut prévoir un accord de sous-traitance au sens de l'article 28 du RGPD, l'exclusion des données de l'entraînement et une durée de conservation.

Le guide du CNB relève que l'engagement de ne pas réutiliser les données n'est en général ni prouvable ni vérifiable, et qu'il ne suffit pas de s'en tenir aux conditions générales. Les informations couvertes par le secret n'y entrent toujours pas.

La pseudonymisation suffit-elle pour saisir une pièce de dossier dans une IA ?

Le guide du CNB en fait la solution de principe pour utiliser l'IA générative dans le respect du secret, avec deux limites qu'il signale lui-même : le risque d'identification indirecte par croisement de données, et les tâches où elle est impossible, comme le compte rendu en direct d'un rendez-vous client.

Notre grille de formation est plus stricte : une pièce d'un dossier réel n'entre pas dans un outil d'IA générative, même pseudonymisée, parce que les faits suffisent souvent à identifier l'affaire.

Faut-il informer le client que l'avocat utilise l'IA sur son dossier ?

Aucune règle ne l'impose de façon systématique. Le guide du CNB laisse la décision à l'avocat, selon le contexte, la nature du dossier et les attentes du client.

Il recommande de l'informer lorsqu'il interroge l'avocat sur ses pratiques de travail, et d'obtenir son consentement lorsque ses données servent à entraîner un système d'IA interne au cabinet. Le guide propose aussi une clause type pour la convention d'honoraires.

Faut-il signaler au juge qu'un écrit a été préparé avec une IA ?

Non. Le guide du CNB indique qu'aucune règle n'impose à l'avocat de dire quels moyens humains, technologiques ou documentaires il a utilisés.

La contrepartie est l'exigence de qualité : l'écrit adressé à la juridiction, relu et corrigé par l'avocat, doit valoir celui qu'il aurait rédigé sans IA.

Que risque un avocat qui cite une jurisprudence inventée par une IA ?

Selon le guide du CNB, l'avocat qui reprend sans vérification un contenu généré par l'IA prend le risque de produire des éléments erronés, de nature à engager sa responsabilité civile, et il s'expose à des poursuites disciplinaires.

Le guide cite quatre décisions françaises rendues entre décembre 2025 et février 2026. Dans trois d'entre elles, le juge relève des références de jurisprudence introuvables et invite le conseil à vérifier ses sources.

Le CNB propose-t-il une formation gratuite à l'IA pour les avocats ?

Oui. Le Conseil national des barreaux et Lefebvre Dalloz ont lancé le 16 avril 2025 un plan national de formation à l'intelligence artificielle, sur la plateforme Skilia Avocats.

Il est gratuit, disponible jusqu'au 31 décembre 2027 et permet de valider jusqu'à quatre heures de formation continue. C'est une bonne première étape pour poser le cadre.

Références

Sources

Mis à jour le 12 octobre 2026. Cette page décrit une règle de prudence et ne remplace ni une consultation ni l'avis de votre ordre.

La même question se pose pour un cabinet comptable : peut-on utiliser ChatGPT dans un cabinet d'expertise comptable ? L'obligation de former les équipes, elle, vaut pour toutes les entreprises : une entreprise est-elle obligée de former ses salariés à l'IA ? Pour écrire la règle du cabinet, partez de notre modèle de charte IA.

Et maintenant

Deux jours au cabinet, sur des dossiers fictifs

Notre formation IA pour les avocats dure deux jours dans vos locaux. Elle commence par le secret professionnel et la grille ci-dessus, puis passe aux écrits du cabinet, sur des dossiers entièrement fictifs. Nous concevons et animons nos formations ; FORM'RH, organisme de formation certifié Qualiopi (n° QUA24120006), porte le volet administratif et le dossier de financement.