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Expertise comptable · Réponse

Un expert-comptable est-il obligé de former son cabinet à l'IA ?

Il est obligé d'agir, depuis le 2 février 2025. Le règlement européen n'impose ni durée, ni attestation. Les heures de formation recommandées par l'Ordre sont une autre question.

Abraham Brakha, formateur IA · Mis à jour le 9 octobre 2026

En bref

La réponse courte

Un cabinet d'expertise comptable qui utilise l'IA est obligé de prendre des mesures pour que ses collaborateurs la maîtrisent mieux. Il n'est pas tenu de garantir un résultat. Depuis le 2 février 2025, l'article 4 du règlement européen sur l'intelligence artificielle s'applique à toute organisation qui utilise des outils d'IA, cabinets compris.

Dans sa rédaction en vigueur depuis le 27 juillet 2026, cet article demande de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA par le personnel. Il ne fixe ni durée de formation ni programme, et il n'exige aucune attestation.

On confond souvent cette obligation avec la formation professionnelle de l'expert-comptable. L'Ordre recommande cent vingt heures par période de trois ans, dont au moins vingt par an. Rien n'impose que ces heures portent sur l'IA. Les deux sujets se rejoignent sur un point : une formation à l'IA peut servir aux deux.

Le droit

Ce que dit l'article 4 depuis juillet 2026

Le règlement (UE) 2024/1689, souvent appelé AI Act, a été modifié par le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026. Ce second texte a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 24 juillet 2026 et il est entré en vigueur trois jours plus tard.

L'article 4 commence désormais ainsi : les fournisseurs et les déployeurs de systèmes d'IA « prennent des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA par leur personnel et les autres personnes s'occupant du fonctionnement et de l'utilisation des systèmes d'IA pour leur compte ».

Il ajoute : « Cette obligation ne contraint pas les fournisseurs ou les déployeurs à garantir un niveau spécifique de maîtrise de l'IA par un individu. »

PointRédaction de 2024Rédaction en vigueur
Ce qui est demandéPrendre des mesures pour garantir, dans toute la mesure du possible, un niveau suffisant de maîtrise de l'IAPrendre des mesures pour favoriser le développement de cette maîtrise
Niveau à atteindre par collaborateurUn niveau « suffisant »Aucun niveau n'a à être garanti
Date d'application2 février 2025Inchangée : l'obligation court depuis le 2 février 2025

Beaucoup de pages publiées avant l'été 2026 décrivent encore l'ancienne rédaction. Les mesures s'apprécient selon les connaissances des personnes, leur expérience, leur formation et le contexte d'utilisation. Le texte demande aussi de tenir compte des personnes à l'égard desquelles l'outil est utilisé. Pour un cabinet, ce sont ses clients et leurs salariés.

Le champ

Qui est concerné dans un cabinet d'expertise comptable

Le règlement vise les « déployeurs ». Son article 3 les définit comme toute personne physique ou morale qui utilise un système d'IA sous sa propre autorité, hors usage personnel. Un cabinet dont les collaborateurs utilisent un outil d'IA dans leur travail est un déployeur, quelle que soit sa taille.

Dans un cabinet, les mesures portent sur les personnes qui utilisent ces outils ou les font fonctionner :

  • les collaborateurs qui utilisent un outil d'IA générative pour rédiger, résumer ou chercher une référence ;
  • ceux qui se servent d'une fonction d'IA intégrée au logiciel de production ;
  • les chefs de mission et les associés qui valident ce que l'outil produit ;
  • les autres personnes qui s'en servent pour le compte du cabinet, par exemple un sous-traitant.

Le deuxième cas est le plus souvent oublié. Les éditeurs ajoutent des fonctions d'IA à leurs logiciels de tenue et de révision : vos collaborateurs peuvent être concernés sans que le cabinet ait rien acheté. Nous faisons le point sur ces fonctions dans notre page logiciel comptable et IA.

Le texte ne tranche pas le cas des outils que des collaborateurs ont adoptés de leur propre initiative, sur un compte personnel. Nous vous conseillons de les recenser et de les traiter comme les outils que le cabinet a choisis : ce sont ces usages qui l'exposent le plus.

La profession

Les cent vingt heures de l'Ordre, une question distincte

L'Ordre recommande aux professionnels de l'expertise comptable de consacrer au moins cent vingt heures par période de trois ans à leur formation professionnelle, dont au moins vingt heures par an. Le fondement invoqué est la norme IES 7 de l'IFAC. Nous écrivons « recommande » parce que c'est le terme employé par l'Ordre. Le respect de ce volume est vérifié lors des contrôles qualité menés dans les cabinets.

PointArticle 4 du règlement européenFormation recommandée par l'Ordre
Qui est viséToute personne du cabinet qui utilise un outil d'IALe professionnel de l'expertise comptable
Ce qui est demandéDes mesures pour développer la maîtrise de l'IACent vingt heures de formation sur trois ans, dont vingt par an
Sujet de la formationL'IA, selon les outils utilisésLibre : rien n'impose l'IA
Durée imposéeAucuneUn volume recommandé

À notre connaissance, rien n'empêche qu'une formation à l'IA suivie par un expert-comptable compte dans ses heures, tout en répondant à l'article 4 pour le cabinet. C'est au professionnel de le justifier lors du contrôle, avec le programme, la feuille d'émargement et l'attestation : gardez-les.

En pratique

Ce qui compte comme une mesure

Le règlement ne donne pas de liste. La Commission européenne indique, dans ses questions-réponses sur la maîtrise de l'IA, qu'aucun certificat n'est exigé, que le format est libre et qu'il convient de garder une trace de ce qui a été fait.

Pour un collaborateur qui utilise un outil d'IA générative, quatre points nous paraissent le minimum raisonnable. C'est notre lecture : le texte ne les énumère pas.

  • ce que l'outil produit, et pourquoi il peut citer une référence fiscale fausse avec assurance ;
  • les pièces de clients qui ne doivent pas y être saisies ;
  • la vérification d'une réponse à sa source avant de s'en servir ;
  • les cas où il doit s'abstenir, ou demander l'avis de l'associé.

La profession propose déjà des ressources gratuites, et nous vous conseillons de commencer par elles. Le Conseil national publie le guide Parlons data et IA, qui pose les définitions et les précautions. Lire ce guide en réunion d'équipe et en garder la trace est déjà une mesure.

Une charte d'usage est une autre mesure, que la CNIL recommande pour encadrer l'IA générative. Nous en donnons les rubriques dans la charte IA d'un cabinet d'expertise comptable.

Les sanctions

Ce que risque un cabinet qui ne fait rien

Nous préférons être précis sur les sanctions.

L'article 99 du règlement prévoit des amendes pour une liste d'obligations. L'article 4 n'y figure pas. Le même article 99 laisse aux États membres le soin de fixer les autres sanctions. À la date de cette page, nous n'avons trouvé aucun texte français qui en prévoie une pour l'article 4.

Le risque est ailleurs :

  • le secret professionnel : un collaborateur non formé saisit plus facilement la liasse ou le bulletin de paie d'un client dans un outil grand public. La révélation d'une information secrète est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende (article 226-13 du code pénal) ;
  • le RGPD, dont les manquements sont sanctionnés, quand des données personnelles partent chez un prestataire sans contrat ;
  • la responsabilité du cabinet devant son client, si une réponse fausse de l'outil est reprise sans vérification.

Les obligations lourdes du règlement visent les systèmes à haut risque. L'annexe III y classe, entre autres, les systèmes qui analysent et filtrent des candidatures. Si votre cabinet utilise un tel outil pour recruter, vérifiez-le en premier : les obligations correspondantes s'appliqueront à partir du 2 décembre 2027. Rédiger un courrier ou résumer un texte avec une IA n'en relève pas.

La marche à suivre

Par où commencer dans un cabinet

Trois étapes, dans cet ordre. Les deux premières ne demandent que du temps.

1. Recenser Dressez la liste des outils d'IA réellement utilisés au cabinet. Incluez les comptes personnels des collaborateurs et les fonctions ajoutées par votre éditeur. Cette liste est presque toujours plus longue que prévu.
2. Qualifier Pour chaque usage, regardez s'il touche à des pièces ou à des données de clients. C'est la question qui compte pour le secret professionnel. La règle en trois catégories est dans Peut-on utiliser ChatGPT ou une autre IA dans un cabinet d'expertise comptable ?
3. Agir, et garder la trace Formation, lecture commentée du guide de l'Ordre, charte d'usage : le format est libre. Conservez ce qui prouve la mesure : le programme et la liste des participants pour une formation, la date de diffusion pour une charte. Sans trace écrite, vous aurez du mal à montrer ce que vous avez fait.
Périmètre

Ce que cette page ne tranche pas

Nous décrivons les textes. Nous ne pouvons pas trancher trois points.

Questions

Les questions qui reviennent sur l'obligation de former à l'IA

Combien d'heures de formation à l'IA un cabinet d'expertise comptable doit-il prévoir ?

Aucun texte ne fixe un nombre d'heures. L'article 4 du règlement européen sur l'intelligence artificielle ne prévoit ni durée minimale ni programme.

Les mesures s'apprécient selon les outils et les personnes. Un collaborateur qui rédige chaque jour avec une IA n'a pas les mêmes besoins qu'un collaborateur qui s'en sert une fois par mois.

Une formation à l'IA compte-t-elle dans les cent vingt heures de l'expert-comptable ?

Rien ne s'y oppose à notre connaissance : l'Ordre recommande un volume d'heures et ne limite pas la formation aux matières comptables. C'est au professionnel de la justifier lors du contrôle qualité.

Conservez le programme détaillé, la feuille d'émargement et l'attestation de la formation suivie.

Un cabinet de trois personnes est-il concerné par l'article 4 ?

Oui. Le règlement européen ne prévoit aucun seuil de taille : il vise toute organisation qui utilise un système d'IA dans son activité professionnelle.

Les mesures sont proportionnées aux usages. Dans un petit cabinet d'expertise comptable, lire ensemble le guide de l'Ordre et écrire la liste des pièces à ne pas saisir sont déjà des mesures.

Faut-il former les collaborateurs qui n'utilisent pas l'IA ?

Non. L'article 4 vise le personnel qui utilise des systèmes d'IA ou les fait fonctionner. Un collaborateur qui n'en utilise aucun n'est pas concerné.

Vérifiez tout de même son logiciel de production : une fonction d'IA ajoutée par l'éditeur suffit à le faire entrer dans le champ.

Qui finance la formation à l'IA d'un cabinet d'expertise comptable ?

Pour les salariés du cabinet, la demande de prise en charge se fait auprès d'Atlas, l'opérateur de compétences de la branche. Un expert-comptable libéral non salarié s'adresse au FIF PL. La prise en charge dépend de leurs critères et de leurs plafonds de l'année.

La formation doit être dispensée par un organisme certifié Qualiopi. Nous détaillons les circuits dans financer une formation IA.

Une attestation de formation à l'IA est-elle obligatoire ?

Non. Le règlement européen n'en exige aucune, et la Commission européenne indique qu'aucun certificat n'est requis.

Une attestation reste la trace la plus simple à produire si un client, un assureur ou un contrôleur demande ce que le cabinet a fait.

Références

Sources

Mis à jour le 9 octobre 2026. Cette page décrit les textes et ne remplace pas un avis juridique sur votre situation.

Et maintenant

La formation est l'une des mesures possibles

La nôtre dure deux jours, dans votre cabinet, sur vos propres écrits anonymisés. Nous remettons les pièces qui en gardent la trace.