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Collectivités territoriales · Réponse

Que doit contenir la charte IA d'une collectivité ?

Neuf rubriques sur deux pages, chacune avec une formulation type que vous pouvez reprendre.

Abraham Brakha, formateur IA · Mis à jour le 9 octobre 2026

En bref

La réponse courte

Une charte IA utile tient en deux pages. Elle nomme les outils que les agents peuvent utiliser, les données qui ne s'y saisissent jamais, la personne qui relit un texte avant qu'il parte et celle qui tranche les cas douteux. Elle se revoit chaque année, et à chaque nouvel outil.

Nous n'avons trouvé aucun texte qui impose une charte à une collectivité. Le Sénat la recommande, sur la base du volontariat, et la CNIL recommande d'encadrer l'usage de l'IA générative par une charte interne. Nous donnons ci-dessous les neuf rubriques, la façon de l'adopter et les textes sur lesquels elle s'appuie.

Le modèle

Les neuf rubriques d'une charte IA, avec leur formulation type

Chaque formulation est écrite comme elle figurerait dans la charte. Copiez-les dans votre propre document, puis remplacez ce qui est entre crochets par les noms et les fonctions de votre collectivité. Notre modèle de charte IA au format Word reprend ces rubriques en dix articles pour une entreprise : vous pouvez partir de ce fichier et y reprendre les formulations ci-dessus.

RubriqueFormulation type
Objet et périmètreLa présente charte fixe les règles d'usage des outils d'intelligence artificielle dans les services de [collectivité]. Elle s'applique à tout agent, titulaire ou contractuel, et à toute personne qui utilise un tel outil pour le compte de la collectivité.
Outils autorisés et comptes professionnelsLes agents utilisent les seuls outils listés en annexe, avec le compte professionnel que la collectivité leur ouvre. Aucun document de la collectivité ne passe par un compte personnel.
Données qui ne se saisissent jamaisNe sont jamais saisis dans un assistant d'IA d'usage général, même sous contrat : l'identité et les coordonnées d'un administré, sa situation sociale, les dossiers du centre communal d'action sociale, les données de santé, l'état civil nominatif et les signalements sociaux. Un agent IA que la collectivité a déployé pour une tâche définie peut lire les demandes des administrés, leurs e-mails et leurs signalements de voirie à quatre conditions : il figure à l'annexe, un contrat de sous-traitance l'encadre (article 28 du RGPD), il est inscrit au registre des traitements (article 30), et le délégué à la protection des données a donné son avis. Aucun agent IA ne lit les dossiers du centre communal d'action sociale, les données de santé ni l'état civil nominatif.
Relecture avant diffusion et signatureL'agent relit tout texte préparé avec un outil d'IA avant de l'envoyer. Un texte qui engage la collectivité ou qui est publié en son nom est validé par [fonction] et signé par l'autorité compétente.
Transparence envers les administrésUne réponse à un administré dont l'outil d'IA a produit le contenu porte une mention qui l'indique. Un texte que l'outil a seulement reformulé ou corrigé n'en porte pas.
Usages exclusAucun outil d'IA ne sert à trier des candidatures, à évaluer le droit d'une personne à une aide sociale ni à identifier une personne par ses caractéristiques biométriques. Aucun ne prend part à une décision individuelle sans avis préalable de la personne qui tranche et du délégué à la protection des données.
La personne qui tranche[Nom, fonction] tranche les cas douteux, tient à jour la liste des outils autorisés et reçoit les signalements. Un agent qui a saisi par erreur une donnée interdite le lui signale le jour même, ainsi qu'au délégué à la protection des données.
Formation des agentsUn agent reçoit une formation à l'usage de l'IA avant d'accéder à un outil autorisé. La collectivité conserve la trace de cette formation.
RévisionLa charte est revue chaque année, et à chaque ajout d'un outil à la liste des outils autorisés. Les annexes se mettent à jour sans nouvelle adoption de la charte.

Nous conseillons de ne nommer aucun produit dans le corps de la charte. Les outils retenus vont en annexe, avec la liste de vos documents classés selon la règle de saisie ci-dessous : c'est l'annexe qui change, pas la charte.

Une charte de deux pages se lit en entier. Au-delà, les agents en retiennent le titre et la signature.

La règle de saisie

Ce qu'un agent peut saisir dans un outil d'IA, en trois lignes

  • Vert. Ce qui est déjà public circule librement, par exemple une délibération publiée ou un modèle vierge.
  • Orange. Un projet d'e-mail ou un compte rendu passe dans l'outil après anonymisation, et un responsable le relit avant diffusion.
  • Rouge. Ce qui permet de reconnaître un administré n'entre dans aucun assistant d'usage général. Seul un agent IA inscrit à l'annexe, dans les conditions que fixe la charte, peut le lire.

Le tableau qui classe les documents d'une mairie dans ces trois catégories, avec des exemples par service, est sur notre page ce qu'un agent public peut saisir dans une IA. Reprenez-le en annexe de votre charte et ajoutez-y vos propres documents, puis la liste des agents IA que vous avez déployés, avec les données que chacun lit.

L'adoption

Comment adopter la charte dans la collectivité

Trois étapes : choisir la forme, faire relire le projet par le délégué à la protection des données, informer les représentants du personnel.

Note de service ou délibération. Nous voyons deux formes possibles : une note de service de l'autorité territoriale, ou une délibération. Nous conseillons la note de service pour une charte qui ne règle que le travail des services, et la délibération si la charte vise aussi les élus ou fixe des principes à tout projet d'IA de la collectivité. Dans les deux cas, chaque agent la reçoit, et quelqu'un la lui explique.
Le délégué à la protection des données. Faites-lui relire le projet avant l'adoption. Les outils que la charte autorise le concernent de toute façon : un outil d'IA qui traite des données personnelles a sa ligne au registre des traitements, et un traitement susceptible d'engendrer un risque élevé pour les personnes passe par une analyse d'impact.
Les représentants du personnel. Aucun texte que nous ayons trouvé ne dit qu'une charte d'usage de l'IA doit passer en comité social territorial. Le comité débat pourtant chaque année des questions relatives « aux évolutions technologiques et de méthode de travail des services et à leurs incidences sur les agents » (article R253-9 du code général de la fonction publique). Nous vous conseillons d'informer les représentants du personnel avant l'adoption.

Le règlement européen sur l'IA prévoit un cas précis. Pour un système d'IA à haut risque utilisé sur le lieu de travail, il demande d'informer les représentants du personnel et les agents concernés avant la mise en service (article 26, paragraphe 7).

Le droit

Ce que disent les textes sur lesquels s'appuie une charte

Aucun de ces textes ne parle de charte, sauf le rapport du Sénat. La charte en tire des règles pratiques pour les agents.

  • Secret et discrétion. Les agents publics sont tenus au secret professionnel (article L121-6) et à la discrétion professionnelle (article L121-7 du code général de la fonction publique). Ces articles ne parlent pas d'IA : la règle sur ce qu'on saisit, ou pas, dans un outil d'IA est celle que la charte en tire.
  • Sous-traitance. Si un prestataire traite des données personnelles pour la collectivité, un contrat doit encadrer ce traitement et le prestataire doit présenter des garanties suffisantes (article 28 du RGPD).
  • Registre. La collectivité tient un registre de ses traitements, et un outil d'IA qui traite des données personnelles y a sa ligne (article 30 du RGPD).
  • Analyse d'impact. Avant un traitement susceptible d'engendrer un risque élevé pour les personnes, notamment avec une technologie nouvelle, la collectivité réalise une analyse d'impact (article 35 du RGPD).
  • Maîtrise de l'IA. Depuis le 2 février 2025, l'article 4 du règlement (UE) 2024/1689 s'applique à toute organisation qui utilise un système d'IA. Réécrit par le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, il lui demande de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA par son personnel.
  • Transparence. L'article 50 du même règlement demande à celui qui publie un texte généré par IA pour informer le public sur des questions d'intérêt public de l'indiquer, sauf si le texte a été relu et validé par une personne qui en assume la responsabilité éditoriale. Aucun texte que nous ayons lu ne dit si un bulletin municipal ou une page du site de la mairie entre dans ces questions d'intérêt public : c'est à examiner support par support. La charte peut donc fixer qui relit et qui signe.
  • Décision individuelle. Si un outil algorithmique participe à une décision individuelle, la décision doit le mentionner, et la collectivité doit en expliquer les règles à la personne qui le demande (article L311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration).
  • Usages à haut risque. L'annexe III du règlement européen classe à haut risque, entre autres, le tri des candidatures et l'évaluation du droit d'une personne à une aide sociale. Ces systèmes ne sont pas interdits. Ils sont soumis à des obligations propres à partir du 2 décembre 2027.
  • Recommandation du Sénat. Le Sénat recommande aux collectivités d'établir une charte éthique de l'IA, sur la base du volontariat (rapport d'information n° 447, 2024-2025, recommandation n° 11). Rien dans cette recommandation ne rend la charte obligatoire.
Exemples

Des chartes publiées par des collectivités

Trois chartes et un guide de méthode, une ligne chacun. Nous n'en reprenons pas le texte : lisez-les pour voir ce qu'elles couvrent.

  • Pays de Falaise, « Charte d'utilisation de l'intelligence artificielle », publiée en 2026. Elle couvre cinq principes, les données interdites de saisie, l'absence de décision prise par l'IA, les outils appelés agents IA, la formation, les sanctions et une révision annuelle, et désigne un référent IA qui est aussi le délégué à la protection des données.
  • Les Lilas, charte d'utilisation responsable de l'IA pour les agents et les élus de la ville et du centre communal d'action sociale. Le document ne porte pas de date. Il couvre les données personnelles, la transparence, les biais, la cybersécurité, l'analyse d'impact, une procédure de signalement et une révision tous les deux ans.
  • Nantes Métropole, « Charte métropolitaine de la donnée et de l'IA », charte de 2019 actualisée en 2025. Elle pose quatre engagements sur les données et sept critères pour juger un projet d'IA, dont la comparaison avec une solution sans IA, et une intervention humaine en cas de décision individuelle.
  • Guide des chartes territoriales de la donnée, publié en 2023 par Les Interconnectés et l'AIMF. Une méthode pour écrire une charte de la donnée, qui traite peu de l'IA ; ce n'est pas une charte.
Périmètre

Ce que cette page ne tranche pas

Trois questions dépendent de votre collectivité. Nous ne prétendons pas y répondre à votre place.

Questions

Les questions qui reviennent sur la charte IA

Faut-il consulter le comité social territorial sur une charte IA ?

Nous n'avons trouvé aucun texte qui l'impose. Le comité social territorial débat chaque année des évolutions technologiques et de méthode de travail des services, et de leurs incidences sur les agents (article R253-9 du code général de la fonction publique).

Nous vous conseillons d'informer les représentants du personnel avant l'adoption. Présentez la charte pour ce qu'elle est d'abord : une règle qui protège l'agent qui hésite.

Le délégué à la protection des données doit-il relire la charte IA ?

Nous vous le conseillons, avant l'adoption : les outils que la charte autorise le concernent de toute façon.

Un outil d'IA qui traite des données personnelles a sa ligne au registre des traitements (article 30 du RGPD). Avant un traitement susceptible d'engendrer un risque élevé pour les personnes, l'article 35 prévoit une analyse d'impact, sur laquelle le responsable de traitement demande conseil au délégué.

La charte IA d'une mairie s'applique-t-elle aux élus ?

Seulement si elle le dit. C'est un choix de la collectivité : la charte des Lilas, par exemple, vise les agents et les élus de la ville et du centre communal d'action sociale.

Si des élus utilisent des outils d'IA pour leur mandat, nous conseillons de les inclure, et dans ce cas d'adopter la charte par délibération.

Peut-on reprendre la charte IA d'une autre collectivité ?

Comme point de départ, oui. Trois éléments ne se recopient pas : la liste de vos outils, le classement de vos documents et le nom de la personne qui tranche.

Une charte reprise sans ces trois éléments ne répond à aucune question qu'un agent se pose devant son écran. Les rubriques et les formulations type de cette page sont faites pour être reprises et complétées.

La charte doit-elle nommer les outils d'IA autorisés ?

Oui, en annexe plutôt que dans le corps du texte. Un agent doit savoir quel outil il peut ouvrir, avec quel compte.

L'annexe se met à jour sans réécrire la charte : un outil ajouté ou retiré ne demande pas une nouvelle adoption. Faites relire la liste par le délégué à la protection des données avant de l'annexer.

À quel rythme réviser une charte IA ?

Nous conseillons une révision chaque année, et à chaque nouvel outil. Le Pays de Falaise a retenu une révision annuelle, Les Lilas une révision tous les deux ans.

Les outils changent plus vite que les règles. Une charte qui nomme encore un outil abandonné perd sa crédibilité auprès des agents.

Références

Sources

Mis à jour le 9 octobre 2026. Cette page propose un modèle de charte et ne remplace pas l'avis de votre service juridique ni celui de votre délégué à la protection des données.

Notre formation IA pour les agents des collectivités tient en une journée dans vos locaux, où chaque agent classe les documents de son propre poste. Nous remettons ensuite au directeur général des services une charte d'usage prête à présenter, et la grille de saisie prête à afficher.